77 700 € de chiffre d'affaires en prestations de services. 188 700 € en ventes de marchandises. Ces deux seuils décident chaque année du sort fiscal de centaines de milliers d'auto-entrepreneurs français. Les franchir deux années de suite, c'est la bascule automatique hors du régime micro — et souvent le moment de passer en SARL.
Le problème, c'est que la plupart des entrepreneurs attendent d'être dans le mur pour changer de statut. Ils se réveillent en février avec un courrier URSSAF leur annonçant qu'ils sont au régime réel depuis le 1er janvier, sans TVA facturée sur les 6 dernières semaines, sans préavis, sans comptable. Résultat : redressement, factures à refaire, clients à rappeler. Ça se voit plusieurs fois par an au cabinet.
Le passage d'auto-entrepreneur à SARL n'est ni une catastrophe ni une formalité. C'est une opération qui coûte entre 600 et 1 800 € en frais externes, qui prend 3 à 5 semaines bien menée, et qui doit être déclenchée au bon moment — pas quand l'administration vous y oblige. Voici le timing, les démarches, le coût réel et les erreurs à ne pas commettre.
Plafonds 2026 : quand la micro-entreprise arrête d'être viable
Les seuils du régime micro-entrepreneur pour 2026 sont reconduits : 77 700 € HT pour les prestations de services et les professions libérales, 188 700 € HT pour les activités de vente de marchandises. Tant que votre chiffre d'affaires annuel reste en dessous, vous pouvez rester en micro. Au-dessus, les choses se compliquent progressivement.
La mécanique est à deux étages. Le premier étage, c'est la franchise en base de TVA, qui saute beaucoup plus vite : 37 500 € pour les services et 85 000 € pour les ventes en 2026. Dépasser ce seuil pendant une année vous fait basculer TVA dès le premier jour du mois suivant le dépassement. Vous devez facturer la TVA à vos clients, déposer des déclarations CA3 ou CA12, et tenir une compta plus carrée. Vous restez micro, mais vous perdez l'un de ses avantages phares.
Le deuxième étage, c'est la sortie pure et simple du régime micro quand vous dépassez 77 700 € ou 188 700 € deux années civiles consécutives. À partir du 1er janvier suivant la deuxième année, vous êtes au régime réel — BNC contrôlé ou BIC réel simplifié, selon votre activité. Ça veut dire bilan, compte de résultat, expert-comptable quasi obligatoire. À ce stade, l'entreprise individuelle au réel n'est pas toujours le meilleur véhicule juridique. La SARL (ou l'EURL pour un seul associé) devient pertinente.
Les 5 signaux qui indiquent qu'il faut changer
- Vous approchez les 70 000 € de CA annuel sur des prestations de services, et votre carnet de commandes grossit. Attendre le dépassement, c'est subir le changement à la mauvaise date.
- Un associé rentre dans le projet. La micro ne permet pas d'avoir des associés — c'est par définition une entreprise individuelle.
- Vous investissez dans du matériel, un local, un véhicule. L'abattement forfaitaire de la micro (34 % en BNC, 50 % en BIC services, 71 % en ventes) couvre fictivement vos charges. Si vos vraies charges dépassent l'abattement, vous payez trop d'impôt.
- Vous avez besoin de récupérer la TVA sur vos achats — parce que vous investissez ou parce que vos clients sont eux-mêmes assujettis et préfèrent facturer TTC pour la déduire.
- Des grands comptes demandent un Kbis et des statuts pour vous référencer. Un auto-entrepreneur n'a ni l'un ni l'autre — c'est un frein commercial réel sur les marchés B2B structurés.
SARL, EURL ou SAS : quel choix quand on vient de la micro ?
Un auto-entrepreneur seul qui passe en société a trois portes d'entrée : l'EURL, la SASU, et la SARL (qui suppose au moins deux associés). L'arbitrage dépend de trois critères : la rémunération, la couverture sociale, et la flexibilité statutaire. On ne va pas refaire le match ici — notre comparatif SARL vs SAS détaille les différences.
Deux points méritent d'être soulignés. La SARL (ou l'EURL) protège les dirigeants TNS du filet de sécurité Madelin : cotisations plus basses qu'en SAS, mais couverture santé et retraite plus légère. Il faut arbitrer selon votre situation personnelle — âge, conjoint, dépendants, épargne retraite existante. La SARL encadre aussi plus strictement les mouvements de capital, ce qui plaît aux projets familiaux ou patrimoniaux, mais rebute les projets qui veulent lever des fonds à court terme.
Pour un consultant, un artisan, un garagiste, un restaurateur, la SARL reste un réflexe solide. Pour une startup qui vise la levée de fonds, la SAS est souvent plus souple. Pour un freelance seul qui ne veut pas se compliquer la vie, l'EURL à l'IS est un bon compromis — elle fonctionne comme une SARL unipersonnelle.
Le timing optimal : ni trop tôt, ni trop tard
La fenêtre idéale pour basculer, c'est entre le mois de septembre et le mois de décembre de l'année où vous anticipez le dépassement. Deux raisons à ça.
D'abord, les démarches prennent environ 3 à 5 semaines de bout en bout (rédaction des statuts, dépôt de capital, annonce légale, immatriculation au guichet unique INPI, réception du Kbis du greffe du tribunal de commerce de Marseille). Engager le processus en septembre vous laisse la marge pour obtenir votre Kbis avant le 31 décembre et démarrer l'exercice suivant avec la nouvelle structure — propre et nette.
Ensuite, clore votre micro-entreprise au 31 décembre simplifie radicalement la fin d'exercice fiscal. Vous déclarez vos revenus 2026 dans la case "auto-entrepreneur" au printemps 2027. La SARL démarre son premier exercice au 1er janvier 2027 avec une année pleine devant elle. À l'inverse, basculer en cours d'année vous impose deux déclarations partielles et une gestion comptable coupée en deux.
Témoignage — Thomas L., développeur web, Marseille
« J'avais besoin d'une adresse pro pour mes clients et d'aide pour la paperasse. Domiciliation + gestion administrative, tout est géré. »
Thomas a démarré en auto-entrepreneur, puis est passé en EURL quand ses clients grands comptes ont commencé à exiger des factures TTC avec TVA. Bascule calée en octobre, Kbis en novembre, premier bilan SARL sur l'exercice suivant complet.
Les démarches pas à pas
La création de la SARL se fait exclusivement sur le guichet unique INPI (guichet-entreprises.fr) depuis 2023. Plus de formulaire M0 papier, plus de dépôt au greffe en propre. Tout passe par la plateforme, qui redirige ensuite les informations vers l'URSSAF, l'INSEE, les impôts et le greffe du tribunal de commerce de Marseille.
Préparer la bascule (semaine 1)
Avant toute démarche, trois décisions à caler avec un expert-comptable ou un prestataire juridique : la forme sociale définitive (SARL, EURL, ou SAS/SASU), le régime fiscal (IS quasi toujours pour une SARL, sauf option IR 5 ans sur une SARL de famille), et le montant du capital. Le capital minimum légal est de 1 € symbolique, mais ce n'est pas un choix raisonnable : un capital de 1 000 à 5 000 € crédibilise vos dossiers bancaires et commerciaux. En dessous de 1 000 €, les banques refusent régulièrement l'ouverture du compte pro.
Rédiger les statuts et déposer le capital (semaine 2)
Les statuts sont le document fondateur de la SARL : objet social, siège, apports, répartition des parts, gérance, clauses d'agrément et de cession. C'est le document qu'on révise le moins et qu'on paie le plus cher à refaire mal ; notre guide des clauses essentielles liste les pièges classiques. Prévoir 2 à 3 allers-retours avec le rédacteur si vous partez d'un modèle.
En parallèle, le capital est déposé sur un compte bloqué (banque, notaire ou Caisse des Dépôts). Vous récupérez une attestation de dépôt indispensable pour le dossier d'immatriculation. Le compte est débloqué une fois le Kbis en main — comptez 7 à 15 jours en moyenne pour la banque.
Annonce légale, immatriculation, Kbis (semaines 3 à 5)
L'annonce légale se publie dans un journal habilité des Bouches-du-Rhône (La Provence, Les Affiches Méditerranée, La Marseillaise). Tarif réglementé : 200 € HT en moyenne pour une SARL à capital modeste dans le 13 — tarif fixé par arrêté préfectoral, donc identique d'un journal à l'autre pour une même annonce.
Le dossier complet part ensuite sur le guichet unique INPI : statuts signés, attestation de dépôt de capital, attestation de parution dans le journal, justificatif de siège social (bail, titre de propriété ou contrat de domiciliation), pièce d'identité du ou des gérants, déclaration de non-condamnation. Les frais de greffe pour une création de SARL en 2026 s'élèvent à 39,42 € (immatriculation + dépôt d'actes). Le Kbis est généralement délivré sous 48 à 72 heures ouvrées par le greffe du tribunal de commerce de Marseille. Plus de détails dans notre guide de l'immatriculation à Marseille.
Clôturer la micro-entreprise (semaine 5)
C'est l'étape que beaucoup oublient — et c'est la plus dangereuse. Votre numéro SIREN de micro-entrepreneur continue d'exister tant que vous ne l'avez pas clôturé. Résultat : déclarations URSSAF qui tombent dans le vide, pénalités pour non-déclaration, et double cotisation sur la période de chevauchement. La clôture se fait en ligne sur autoentrepreneur.urssaf.fr (rubrique "cessation d'activité"), avec une date d'effet qu'on cale généralement sur le dernier jour du mois précédant le démarrage de la SARL.
Coût total en 2026 : le vrai chiffre
La plupart des articles vous donneront une fourchette vague "entre 500 et 2 000 €". Voici le détail réel pour une SARL classique domiciliée à Marseille, capital 1 000 €, deux associés.
| Poste | Montant 2026 | Commentaire |
|---|---|---|
| Frais de greffe (immatriculation + dépôt d'actes) | 39,42 € | Tarif unique, fixé par décret |
| Annonce légale (SARL BDR) | 200 € HT | Tarif réglementé département 13 |
| Dépôt de capital (frais bancaires) | 0 à 80 € | Gratuit chez certaines banques en ligne |
| Rédaction statuts (expert-comptable/avocat) | 500 à 1 500 € | Selon la complexité et les clauses |
| Forfait création L'Adresse (alternative) | 350 € HT | Statuts + dépôt dossier + immatriculation |
| Contrat de domiciliation (Essentiel, annuel) | 372 € HT/an (31 €/mois) | Dès 29 €/mois avec 3 ans |
| Total hors domiciliation (notre forfait) | 589,42 € HT | Greffe + annonce + forfait 350 € |
Si vous passez par un avocat ou un cabinet d'expertise comptable pour la rédaction des statuts, comptez plutôt 800 à 1 800 € tout compris — plus si les statuts intègrent un pacte d'associés ou des clauses sophistiquées. Chez nous, le forfait création est à 350 € HT pour une SARL ou SAS standard : statuts types adaptés à votre activité, dépôt du dossier sur le guichet unique, suivi jusqu'au Kbis. Les modifications statutaires ultérieures (changement d'objet, transfert de siège, entrée d'associé) sont à 250 € HT forfait, annonce légale et greffe inclus.
Fiscalité : ce qui change vraiment
La SARL est soumise à l'impôt sur les sociétés (IS) par défaut. Ça change tout. Le bénéfice est taxé au niveau de la société à 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice imposable (sous conditions de détention familiale), puis à 25 % au-delà. Votre rémunération de gérant devient une charge déductible pour la SARL — et un revenu imposé à l'impôt sur le revenu dans votre foyer.
La différence avec la micro est fondamentale. En micro, vous êtes imposé sur le chiffre d'affaires moins un abattement forfaitaire (34 % BNC, 50 % BIC services, 71 % BIC ventes). Aucune vraie charge n'est déduite. En SARL à l'IS, vous déduisez tout : loyer, véhicule, matériel, sous-traitance, domiciliation, expertise comptable, formation, déplacements, frais bancaires.
Sur les cotisations sociales, le gérant majoritaire de SARL est TNS (travailleur non salarié) et cotise à la Sécurité sociale des indépendants sur sa rémunération, à un taux global d'environ 40 à 45 % (selon tranches). Les dividendes au-delà de 10 % du capital sont aussi soumis aux cotisations TNS — c'est un point technique qu'on oublie souvent et qui peut peser lourd. Le gérant minoritaire ou égalitaire est, lui, assimilé salarié, ce qui change tout le raisonnement.
Continuité de l'activité : le vrai piège
La micro et la SARL sont deux entités juridiques distinctes. Vos contrats clients sont signés en votre nom propre ; ils ne se transfèrent pas automatiquement à la SARL. Trois options concrètes :
- Avenant tripartite : vous signez avec chaque client un avenant qui substitue la SARL à la micro dans le contrat existant. Propre, mais chronophage.
- Résiliation + nouveau contrat : on ferme proprement les contrats micro à une date donnée, on ouvre de nouveaux contrats au nom de la SARL. C'est la méthode la plus nette fiscalement.
- Apport de fonds de commerce : si la micro a une vraie valeur économique (clientèle récurrente, contrats longs), on peut l'apporter au capital de la SARL. Attention, ça déclenche une évaluation par un commissaire aux apports au-delà de 30 000 €.
Sur le plan TVA, si vous étiez en franchise en base et que vous passez au régime réel, vous devez facturer la TVA à partir du premier jour d'activité de la SARL. Oublier cette bascule, c'est le piège numéro un. Les factures émises sans TVA sur des prestations réalisées après l'immatriculation de la SARL devront être refaites, avec le risque d'avoir des clients qui rechignent à payer le surplus.
Les erreurs fatales à éviter
Sur les dizaines de bascules qu'on a accompagnées, cinq erreurs reviennent systématiquement.
Oublier de clôturer la micro-entreprise. Le SIREN micro continue de tourner. Vous cumulez deux cotisations minimales pendant des mois, et vous passez en flagrant délit de non-déclaration quand le compteur arrive à échéance. Clôture à faire dans les 30 jours suivant le démarrage effectif de la SARL, sur autoentrepreneur.urssaf.fr.
Oublier de facturer la TVA sur les factures post-immatriculation. Le jour du Kbis, vous devenez assujetti. Toute prestation réalisée à partir de cette date se facture TTC. On l'a vu plusieurs fois : client qui refacture 3 mois plus tard quand son comptable signale l'incohérence, prospects qui se braquent, relance URSSAF.
Sous-capitaliser la SARL. 1 € de capital, c'est légal mais ridicule. Pas de crédibilité bancaire, pas de fonds de roulement, pas de trésorerie pour encaisser un retard de paiement. Capital recommandé : au minimum 3 mois de charges fixes.
Négliger la date d'effet fiscal. Bascule au 15 juin = deux demi-exercices à déclarer, deux liasses fiscales partielles, deux acomptes d'IS à calculer. Bascule au 31 décembre = propre et simple. La différence peut représenter plusieurs centaines d'euros d'honoraires comptables.
Croire qu'on conserve l'ACRE. L'ACRE (exonération partielle de cotisations pendant 12 mois) est attachée à l'ouverture de la micro-entreprise. Elle ne se transfère pas à la SARL. Si vous en bénéficiez encore, un passage anticipé vous fait perdre le reliquat.
Questions fréquentes sur la transition auto-entrepreneur vers SARL
Non, juridiquement ce sont deux entités différentes. On ne transforme pas, on ferme la micro et on crée une nouvelle société. Les contrats clients et fournisseurs doivent être transférés par avenant ou resignés au nom de la SARL.
La loi fixe le minimum à 1 € symbolique. En pratique, on recommande entre 1 000 et 5 000 € pour crédibiliser l'entreprise auprès des banques et des partenaires. En dessous de 1 000 €, l'ouverture d'un compte professionnel devient plus compliquée.
Entre 3 et 5 semaines quand le dossier est bien préparé : rédaction des statuts, dépôt du capital, annonce légale, immatriculation sur le guichet unique INPI, réception du Kbis du greffe du tribunal de commerce de Marseille. La clôture de la micro sur autoentrepreneur.urssaf.fr se fait en parallèle.
Oui, une SARL est soumise à la TVA dès le premier jour d'activité (sauf cas très particuliers de franchise en base maintenue). Vous devez facturer la TVA à 20 % sur toutes vos prestations et déposer des déclarations CA3 mensuelles ou CA12 annuelles selon votre régime.
Entre septembre et décembre, avec une date d'effet au 1er janvier suivant. Ça permet de clôturer proprement l'exercice micro, d'avoir son Kbis avant la fin d'année et de démarrer la SARL sur une année pleine. Basculer en cours d'année double les déclarations fiscales et complique la comptabilité.
Faites-vous accompagner sur votre passage en SARL
Depuis 2008, L'Adresse Marseille accompagne plus de 500 entreprises. Création de SARL à 350 € HT forfait, domiciliation dès 29 €/mois, modifications statutaires à 250 €. Statuts, annonce légale, immatriculation : on s'occupe de tout.
Demander un devis gratuitPour aller plus loin sur le choix du statut, notre comparatif SARL vs SAS détaille les différences côté dividendes et cotisations sociales. Si vous hésitez encore à franchir le cap, commencez par relire les règles de la micro-entreprise 2026 pour valider si vous êtes vraiment au-dessus des seuils. Et si la SARL est bien votre destination, notre guide des étapes de création à Marseille déroule la procédure complète. Pour le siège social, notre guide domiciliation explique pourquoi 80 % de nos clients SARL choisissent une adresse professionnelle plutôt que leur domicile. Les retours de clients qui sont passés par cette bascule sont consultables sur notre fiche Google.