Recruter un premier collaborateur transforme profondément le quotidien d'un dirigeant. Au-delà du recrutement lui-même, vous devenez employeur au sens du Code du travail, avec un ensemble de formalités obligatoires à accomplir dans des délais stricts. Oublier une seule de ces démarches peut entraîner des sanctions financières, voire pénales.
Ce guide détaille les 10 démarches incontournables pour embaucher votre premier salarié en toute conformité, ainsi que les préparatifs essentiels à anticiper avant même de signer le contrat de travail.
Sommaire
Avant l'embauche : les préparatifs essentiels
Avant de publier votre offre d'emploi ou de recevoir des candidats en entretien, plusieurs démarches préparatoires sont indispensables. Ces étapes conditionnent la bonne marche de toutes les formalités qui suivront.
Immatriculation en tant qu'employeur
Si vous n'avez jamais employé de salarié, vous devez vous immatriculer auprès de l'URSSAF en tant qu'employeur. Cette démarche s'effectue automatiquement lors de votre première DPAE (Déclaration Préalable à l'Embauche). L'URSSAF vous attribuera alors un numéro de compte cotisant employeur, distinct de votre numéro SIRET, qui servira à identifier toutes vos déclarations sociales.
Pour les entreprises déjà constituées sous forme de société (SARL, SAS, etc.), cette immatriculation employeur vient s'ajouter à l'immatriculation initiale au Registre du Commerce et des Sociétés. Le processus est simple et se fait en ligne sur le portail net-entreprises.fr.
Affiliation aux caisses obligatoires
En devenant employeur, vous êtes tenu de vous affilier à plusieurs organismes :
- URSSAF : pour le recouvrement des cotisations sociales (maladie, vieillesse, allocations familiales, CSG-CRDS)
- Caisse de retraite complémentaire : affiliation obligatoire auprès d'une institution de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO (généralement Malakoff Humanis, AG2R La Mondiale ou Alliance Professionnelle)
- Organisme de prévoyance : selon votre convention collective, une prévoyance complémentaire peut être imposée dès le premier salarié
- Service de prévention et de santé au travail (SPST) : l'adhésion est obligatoire pour organiser les visites médicales de vos salariés
L'affiliation à la caisse de retraite complémentaire doit être réalisée dans les trois mois suivant l'embauche du premier salarié. En cas de retard, des pénalités peuvent être appliquées.
Choix de la convention collective
La convention collective applicable à votre entreprise dépend de votre activité principale, identifiée par votre code APE (Activité Principale Exercée) attribué par l'INSEE. Ce code détermine généralement la convention collective dont vous relevez, mais ce n'est pas toujours automatique.
La convention collective fixe de nombreuses règles encadrant la relation de travail : grilles de salaires minimaux, durée de la période d'essai, préavis de licenciement, jours de congés supplémentaires, primes éventuelles, classifications des emplois, ou encore les obligations en matière de prévoyance et de mutuelle.
Il est impératif d'identifier votre convention collective avant de rédiger le contrat de travail, car elle impacte directement son contenu. L'identifiant de la convention (numéro IDCC) doit figurer sur le bulletin de paie de chaque salarié.
Les 10 démarches obligatoires
Voici les 10 formalités que tout employeur doit impérativement accomplir lors de l'embauche d'un premier salarié. Chacune répond à une obligation légale précise, assortie de délais à respecter scrupuleusement.
1. La DPAE (Déclaration Préalable à l'Embauche)
La DPAE est la toute première formalité à accomplir, et elle est obligatoire pour toute embauche. Elle doit être transmise à l'URSSAF au plus tard 8 jours calendaires avant la date prévue d'embauche. Cette déclaration regroupe en une seule formalité plusieurs obligations auparavant distinctes : déclaration d'embauche, demande d'immatriculation du salarié à la sécurité sociale, et demande d'affiliation au régime d'assurance chômage.
La DPAE se réalise en ligne sur le site net-entreprises.fr ou directement sur le portail de l'URSSAF. Elle contient les informations essentielles : identité de l'employeur et du salarié, date et heure d'embauche, nature et durée du contrat, durée de la période d'essai.
Délai impératif pour la DPAE
La DPAE doit être effectuée au plus tard 8 jours calendaires avant la date prévue d'embauche. L'absence de DPAE constitue une infraction de travail dissimulé, passible d'une amende de 1 125 EUR par salarié concerné (article L.1221-10 du Code du travail). En cas de récidive ou de travail dissimulé avéré, les sanctions peuvent aller jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 EUR d'amende.
2. La rédaction du contrat de travail
Le contrat de travail formalise la relation entre l'employeur et le salarié. Si le CDI à temps plein n'exige pas légalement un écrit (sauf disposition conventionnelle contraire), il est très fortement recommandé de rédiger un contrat écrit dans tous les cas. Pour les CDD, les contrats à temps partiel et les contrats d'apprentissage, l'écrit est en revanche obligatoire.
Le contrat doit mentionner un certain nombre de clauses essentielles :
- Identité des parties : nom, prénom, adresse du salarié et dénomination de l'employeur
- Poste et qualification : intitulé du poste, classification selon la convention collective
- Lieu de travail : adresse précise de l'établissement
- Durée du travail : temps plein (35 heures) ou temps partiel (avec répartition des horaires)
- Rémunération : salaire brut, primes éventuelles, avantages en nature
- Période d'essai : durée et conditions de renouvellement conformes à la convention collective
- Convention collective applicable : référence et numéro IDCC
- Date de début : jour effectif de prise de fonction
Le contrat doit être signé par les deux parties et remis au salarié au plus tard dans les deux jours ouvrables suivant l'embauche. Conservez un exemplaire original signé dans le dossier du salarié.
3. Le registre unique du personnel
Dès l'embauche de votre premier salarié, vous devez tenir un registre unique du personnel. Ce document obligatoire recense, dans l'ordre chronologique des embauches, tous les salariés de l'entreprise, y compris les stagiaires.
Pour chaque salarié, le registre doit mentionner : nom, prénom, nationalité, date de naissance, sexe, emploi occupé, qualification, date d'entrée et de sortie, type de contrat (CDI, CDD, apprentissage, temps partiel...) et, le cas échéant, l'autorisation de travail pour les salariés étrangers.
Le registre peut être tenu sous forme papier ou numérique, à condition d'offrir des garanties de contrôle équivalentes. Il doit être conservé pendant cinq ans après le départ du salarié et tenu à la disposition de l'inspection du travail. L'absence de registre est sanctionnée d'une amende de 750 EUR par salarié concerné.
4. La visite d'information et de prévention (VIP)
Depuis la loi Travail de 2016, la visite d'information et de prévention (VIP) a remplacé l'ancienne visite médicale d'embauche pour la plupart des postes. Elle doit être organisée dans un délai de 3 mois maximum à compter de la prise de poste.
Cette visite, réalisée par un médecin du travail, un interne en médecine du travail ou un infirmier en santé au travail, a pour objectif de vérifier l'aptitude du salarié à occuper son poste, de l'informer sur les risques professionnels auxquels il sera exposé et de le sensibiliser aux moyens de prévention mis en place.
Pour les postes à risques particuliers (travail de nuit, exposition à l'amiante, au plomb, aux agents cancérogènes, etc.), un suivi individuel renforcé (SIR) est obligatoire, avec un examen médical d'aptitude réalisé par le médecin du travail avant l'affectation au poste.
5. L'affiliation à la mutuelle obligatoire
Depuis le 1er janvier 2016, tout employeur du secteur privé est tenu de proposer une complémentaire santé collective à l'ensemble de ses salariés. Cette obligation, issue de l'Accord National Interprofessionnel (ANI) de 2013, s'applique dès le premier salarié.
L'employeur doit financer au minimum 50 % de la cotisation et le contrat doit respecter un socle minimal de garanties (panier de soins minimum) :
- Intégralité du ticket modérateur sur les consultations, actes et prestations remboursés par l'assurance maladie
- Forfait journalier hospitalier sans limitation de durée
- Frais dentaires à hauteur de 125 % du tarif conventionnel
- Frais d'optique forfaitaires par période de 2 ans (100 EUR pour les verres simples, 150 EUR pour les verres complexes)
Le salarié peut, dans certains cas limitativement énumérés par la loi, demander une dispense d'affiliation (CDD de moins de 3 mois, bénéficiaire de la CSS, couverture par le contrat du conjoint, etc.). La demande de dispense doit être formulée par écrit.
6. La mise en place de la paie
La gestion de la paie est l'un des aspects les plus techniques de la vie d'un employeur. Vous devez établir chaque mois un bulletin de paie conforme aux dispositions légales et conventionnelles, le remettre au salarié et conserver un double pendant cinq ans.
Le bulletin de paie doit obligatoirement mentionner :
- L'identité de l'employeur et du salarié
- L'intitulé de la convention collective applicable
- Le nombre d'heures de travail, en distinguant heures normales et heures supplémentaires
- La nature et le montant de chaque cotisation sociale (part salariale et part patronale)
- Le montant du salaire net avant et après prélèvement à la source
- La date de paiement et la période concernée
- Le montant net social (obligatoire depuis juillet 2023)
Pour une première embauche, il est souvent judicieux d'externaliser la paie auprès d'un professionnel. Cette solution permet d'éviter les erreurs coûteuses et de garantir la conformité de vos déclarations dès le premier bulletin.
7. Les affichages obligatoires
Dès qu'une entreprise emploie au moins un salarié, certaines informations doivent être affichées ou portées à la connaissance du personnel dans les locaux de travail :
- Coordonnées de l'inspection du travail : nom de l'inspecteur compétent, adresse et numéro de téléphone
- Coordonnées du médecin du travail et du service de prévention et de santé au travail
- Numéros d'urgence : pompiers (18), SAMU (15), police (17)
- Consignes de sécurité et d'incendie
- Horaires collectifs de travail
- Interdiction de fumer dans les locaux
- Convention collective applicable et lieu de consultation
- Textes relatifs à l'égalité professionnelle et à la lutte contre le harcèlement moral et sexuel
- Document relatif au repos hebdomadaire
L'absence d'affichage peut être sanctionnée par une amende de 450 EUR à 1 500 EUR par infraction constatée. Des panneaux d'affichage obligatoire pré-remplis sont disponibles auprès des Chambres de Commerce ou en ligne.
8. Le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP)
Le DUERP est obligatoire dès le premier salarié, quelle que soit la taille de l'entreprise ou son secteur d'activité. Ce document recense l'ensemble des risques professionnels auxquels sont exposés les salariés et définit les actions de prévention mises en place.
L'évaluation doit porter sur chaque unité de travail et couvrir les risques physiques (chutes, manutention, bruit), chimiques (produits dangereux), biologiques, psychosociaux (stress, harcèlement) et organisationnels.
Le DUERP doit être mis à jour au moins une fois par an dans les entreprises de 11 salariés et plus. Pour les entreprises de moins de 11 salariés, la mise à jour n'est obligatoire que lors de modifications significatives des conditions de travail ou lorsqu'une information supplémentaire le justifie. Le document doit être tenu à la disposition des salariés, du médecin du travail et de l'inspection du travail. L'absence de DUERP est passible d'une amende de 1 500 EUR (3 000 EUR en cas de récidive).
9. La Déclaration Sociale Nominative (DSN)
La DSN est le mode déclaratif unique qui remplace la quasi-totalité des déclarations sociales auxquelles les employeurs étaient précédemment soumis. Elle est transmise mensuellement par voie électronique et regroupe les informations relatives à chaque salarié : rémunérations, cotisations, événements (arrêt maladie, fin de contrat, etc.).
La DSN doit être déposée chaque mois sur net-entreprises.fr :
- Avant le 5 du mois pour les entreprises de 50 salariés et plus (paie du mois précédent)
- Avant le 15 du mois pour les entreprises de moins de 50 salariés
En tant que nouvel employeur, vous êtes soumis à la DSN dès votre première paie. La DSN alimente directement les organismes sociaux (URSSAF, CPAM, caisses de retraite, France Travail) et permet le calcul du prélèvement à la source. Un retard ou une erreur dans la DSN peut entraîner des pénalités de 1,5 % du plafond mensuel de la sécurité sociale par salarié et par mois de retard.
10. La formation sécurité au poste
L'article L.4141-2 du Code du travail impose à l'employeur d'organiser une formation pratique et appropriée à la sécurité pour chaque salarié nouvellement embauché. Cette formation doit être dispensée dès la prise de poste et adaptée aux risques spécifiques liés au poste occupé.
La formation sécurité doit notamment porter sur :
- Les conditions de circulation dans l'entreprise (voies d'accès, issues de secours)
- Les conditions d'exécution du travail (gestes, postures, utilisation des équipements)
- La conduite à tenir en cas d'accident ou de sinistre
- Les risques spécifiques liés au poste de travail
Cette formation doit être tracée et documentée. En cas d'accident du travail, l'absence de formation sécurité peut constituer une faute inexcusable de l'employeur, avec des conséquences financières très lourdes (majoration de la rente, dommages et intérêts).
Les erreurs à éviter lors de la première embauche
La première embauche est un terrain propice aux erreurs, surtout lorsque l'entrepreneur gère seul l'ensemble des formalités. Voici les pièges les plus courants à éviter absolument.
- Oublier la DPAE : c'est l'erreur la plus grave. Faire travailler un salarié sans DPAE expose l'employeur à des poursuites pour travail dissimulé, avec des sanctions pénales et financières sévères.
- Ne pas vérifier la convention collective : appliquer la mauvaise convention collective peut entraîner des rappels de salaire, des redressements URSSAF et des contentieux prud'homaux.
- Sous-estimer le coût réel d'un salarié : le salaire brut ne représente qu'une partie du coût total. Il faut ajouter les charges patronales (environ 25 à 42 % du brut selon le niveau de rémunération), la mutuelle, la prévoyance, la médecine du travail et les frais de gestion de paie.
- Négliger la période d'essai : une période d'essai mal rédigée ou non conforme à la convention collective peut être considérée comme inexistante. Respectez les durées maximales et les conditions de renouvellement prévues par votre convention.
- Oublier l'affiliation à la mutuelle : l'absence de mutuelle obligatoire expose à un redressement URSSAF sur les cotisations non versées, assorti de majorations de retard.
- Ne pas tenir le registre du personnel : souvent oublié par les micro-entreprises, il est pourtant obligatoire dès le premier salarié.
- Reporter le DUERP : beaucoup de dirigeants pensent que ce document ne concerne que les grandes entreprises. C'est faux : il est obligatoire dès le premier salarié.
- Ne pas conserver les documents : bulletins de paie, contrats de travail, attestations de formation doivent être conservés pendant plusieurs années (5 ans pour les bulletins de paie, durée illimitée recommandée pour les contrats).
Pourquoi se faire accompagner pour sa première embauche
Face à la complexité des obligations liées à l'embauche, se faire accompagner par un professionnel n'est pas un luxe mais un investissement judicieux. Les enjeux financiers et juridiques sont trop importants pour improviser.
Un accompagnement professionnel vous apporte plusieurs avantages concrets :
- Sécurité juridique : un expert vérifie la conformité de vos contrats, de vos affichages et de vos déclarations avec le droit du travail et votre convention collective.
- Gain de temps : les formalités d'embauche mobilisent en moyenne 15 à 20 heures pour un dirigeant non spécialiste. Un professionnel les réalise en une fraction de ce temps.
- Prévention des risques : en identifiant en amont les obligations spécifiques à votre secteur, vous évitez les sanctions et les contentieux coûteux.
- Optimisation des coûts : un conseiller peut vous orienter vers les aides à l'embauche dont vous pouvez bénéficier (réduction générale de cotisations, aide à l'embauche en ZFU, contrats aidés, etc.).
Chez L'Adresse Marseille, nous accompagnons les entrepreneurs à chaque étape de leur développement. Notre service paie prend en charge l'intégralité des formalités liées à l'embauche : de la DPAE à l'établissement du premier bulletin de salaire, en passant par la rédaction du contrat de travail et l'affiliation aux organismes obligatoires. Vous vous concentrez sur votre recrutement, nous gérons l'administratif.
Conclusion
Embaucher son premier salarié est un moment charnière dans la vie d'une entreprise. Les 10 démarches obligatoires détaillées dans ce guide (DPAE, contrat de travail, registre du personnel, visite d'information et de prévention, mutuelle, mise en place de la paie, affichages obligatoires, DUERP, DSN et formation sécurité) constituent le socle minimal pour être en conformité avec le droit du travail.
Chaque formalité répond à une logique de protection du salarié et de sécurisation de la relation de travail. Les négliger, c'est s'exposer à des sanctions financières qui peuvent mettre en péril une jeune entreprise.
En vous faisant accompagner par des professionnels dès votre première embauche, vous posez les bases d'une gestion RH solide et conforme, qui vous permettra de recruter sereinement au fil de la croissance de votre activité.
Prêt à embaucher votre premier salarié ?
Nos experts vous accompagnent dans toutes vos démarches d'embauche et de gestion de paie.


